Les dix premières minutes après la mort
(Causerie organisée à l’Hôpital Cayce,
le 30 août 1931)
Tout ce que nous pouvons dire sur les dix premières
minutes dans l’éternité, ou plutôt
sur les dix premières minutes après la mort (car
je pense que nous vivons en fait dans l’éternité),
est naturellement très spéculatif, à moins
que nous ne soyons prêts à accepter les témoignages
de ceux qui ont, d’une manière ou d’une autre,
connu la transition.
Laissez-moi vous relater un événement récent
qui me fit réfléchir à la question. Je
me rendais en train dans l’État du Kentucky. Le
jeune homme assis à côté de moi m’expliqua
: « On vient de me ramener à la vie. Avant-hier
je me suis noyé à Virginia Beach. Mon frère,
lui, n’a pu être ranimé. Il rentre par ce
même train, mais dans un cercueil. »
Je vais essayer de vous communiquer sa mésaventure telle
qu’il me la rapporta. Il était à bout de
forces et sentait qu’il allait mourir. Comme il coulait,
épuisé, il remarqua que c’était l’eau
la plus bleue qu’il eût jamais vue. Tout paraissait
extrêmement bleu. De façon étrange, il était
conscient de la présence de sa mère. Celle-ci
l’exhortait à faire encore un effort. Il savait
pourtant qu’elle ne se trouvait pas dans l’eau,
puisqu’elle était enterrée au Kentucky.
Son angoisse disparut. Après cela, il perdit connaissance.
Le jeune homme ne se rappelait rien de ce qui arriva ensuite.
Il ne s’aperçut même pas qu’on le tirait
hors de l’eau. À mon sens, voici le point le plus
intéressant de son histoire : ainsi qu’il le souligna,
il n’existe pas de différence entre l’expérience
physique vécue et l’expérience invisible,
à part que le monde invisible — pour nous —
n’est pas peuplé comme le monde visible. Quand
une personne décède, elle sait qu’elle est
passée de ce que nous appelons la vie à ce que
nous appelons la mort. Il n’y a pas de peur lors de la
transition s’il n’y a pas eu de peur dans la vie.
Je voudrais vous parler à présent d’une
situation dont j’ai moi-même fait l’expérience.
Elle illustre, me semble-t-il, ce qui se produit au moment de
la mort. Alors que j’entrais dans l’état
inconscient pour effectuer une lecture, je me rendis compte
que je quittais mon corps. Je vis devant moi une ligne droite
étincelante, un rayon de lumière blanche. Partout
ailleurs, il y avait du brouillard et de la fumée. De
nombreuses formes vagues me suppliaient de les aider et de venir
les rejoindre. À mesure que je suivais le rayon de lumière,
l’environnement s’éclaircissait. Les formes
devenaient plus distinctes. Elles continuaient toutefois à
m’appeler, s’efforçant de m’écarter
de mon chemin et de me détourner de mon but. En restant
sur l’étroit sentier qui s’allongeait devant
moi, j’arrivai bientôt en un lieu où les
formes étaient simplement des ombres désireuses
de me prêter assistance. Elles m’encourageaient
à avancer, sans tenter de m’arrêter. Puis
les formes se précisèrent. Elles paraissaient
vaquer à leurs occupations. Si elles faisaient attention
à moi, c’était surtout dans le dessein de
me stimuler. Finalement, je parvins à une colline au
sommet de laquelle un temple était bâti. J’y
pénétrai et me trouvai dans une vaste salle ressemblant
beaucoup à une bibliothèque. Elle contenait des
livres où figuraient les activités de chaque individu.
Je n’avais plus qu’à consulter le volume
correspondant à la personne pour laquelle je venais chercher
des informations. Je dois dire, comme Paul
: « J’ignorais si j’étais vivant ou
mort. »[1] Néanmoins, l’expérience
était bien réelle.
Dans quel état Jésus trouva-t-Il la fille de
Jaïrus lorsqu’Il fut introduit dans sa chambre ?
Il ne permit, nous nous en souvenons, qu’à trois
de Ses disciples et aux parents de l’enfant de L’accompagner.
Quand Il saisit la fillette par la main et lui ordonna de se
lever, elle reprit vie.[2] D’où
revenait cet être ? Son corps physique était resté
allongé là tout le temps, mais où se trouvait
l’âme à laquelle Jésus s’adressa
? Avait-elle quitté le corps ou était-elle simplement
en attente ? En parlant de Lazare, Jésus
dit : « Lazare, notre ami, dort ; mais je vais le réveiller.
» Et Ses disciples répondirent : « S’il
dort, il sera guéri. » Alors Jésus leur
annonça ouvertement que Lazare était mort. Par
conséquent, son âme devait être partie. Il
y a dans l’histoire de Lazare une leçon sur la
façon dont nous construisons notre existence, sur la
façon dont nous sommes appelés et sur la façon
dont l’âme se tient pour un temps à proximité
du plan terrestre.[3]
Dans une lecture, nous avons reçu l’information
suivante : « Cette entité ne s’est pas encore
aperçue qu’elle avait quitté la terre ou
qu’elle était morte. » Et dans une autre
: « Cette personne vient juste de se rendre compte qu’elle
a laissé le plan terrestre. » Elle venait donc
seulement de prendre conscience de l’entre-deux-mondes
ou de la zone limite.
Lorsqu’une âme abandonne le corps physique, elle
continue de croître, si durant la vie terrestre elle a
développé ce qui lui permet d’être
maintenant en présence des forces créatrices.
L’apôtre Paul déclara : « Le fait de
quitter ce corps signifie pour moi aller demeurer auprès
du Seigneur. »[4] Nous devrions tous
partager cette conviction. Si nous avons l’assurance d’être
avec le Seigneur au moment de la transition, nous n’avons
rien à craindre à ce sujet.
Essayer de dire à une personne quelle sera son expérience
dans les dix minutes qui suivront sa mort, c’est comme
essayer de décrire à une future mariée
ce qu’elle va éprouver au cours des dix premières
minutes après la célébration de son mariage.
Nul ne ressentira la même chose, car les circonstances
seront propres à chacun. Il est cependant possible d’affirmer
qu’après la transition appelée mort, notre
âme possédera les qualités acquises sur
la terre. Tout dépendra par conséquent de la manière
dont nous vivons jour après jour ici-bas, de la manière
dont nous utilisons nos facultés et nos talents.
Entrer dans l’au-delà revient, en quelque sorte,
à passer dans une autre pièce. Jésus mentionna
: « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père.
Si cela n’était pas, je vous l’aurais dit.
»[5] Il nous appartient de meubler
notre pièce dans la demeure qui nous attend. La façon
dont nous l’aménageons sera notre première
expérience en nous éveillant de l’autre
côté. Si notre vie est pleine de mauvaises actions,
d’égoïsme et de haine, nous rencontrerons
alors ces choses comme nous les avons créées.
Par contre, si nous menons une vie d’amour pour Dieu et
pour autrui, notre récompense sera l’amour quand
nous passerons dans l’autre monde.
[1] Cf. 2 Corinthiens
12.2-4
[2] Cf. Matthieu 9.18-26
; Marc 5.21-43 ; Luc 8.40-56
[3] Cf. Jean 11.1-46
[4] Cf. 2 Corinthiens
5.8
[5] Jean 14.2